L’espoir avait rejailli dimanche dernier à Seseo avec la libération d’un couple retenu en otage par les ADF. Ces derniers sont arrivés hier soir à Etabe, confirmant la libération d’un groupe plus large de 36 personnes. Selon des sources proches du dossier, les autres membres du groupe, après avoir passé une nuit à Ngubo, regagnent actuellement leurs domiciles respectifs.
Mais derrière cette bonne nouvelle se cache une réalité beaucoup plus sombre. Les témoignages recueillis auprès des otages libérés révèlent une situation sécuritaire en nette détérioration. Les effectifs rebelles se sont considérablement renforcés avec l’arrivée d’un contingent dont la provenance reste inconnue. Surtout, les dépositions font état d’un recrutement forcé de mineurs, une pratique que les observateurs internationaux assimilent à un crime de guerre.
« Des enfants âgés de 7 à 15 ans sont toujours détenus et contraints de force de rejoindre les rangs des ADF. Ils sont obligés de participer à leurs activités, y compris des tâches logistiques et, dans certains cas, des actions combattantes », a confié Grâce Kakundo Kasamba, coordinateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise du groupement Babila Teturi.
Ce responsable associatif, joint par téléphone, qualifie la situation d’« extrêmement préoccupante ». Il insiste sur la vulnérabilité de ces enfants, arrachés à leurs familles et exposés à des violences psychologiques et physiques sans nom. « Nous lançons un appel urgent au Gouvernement central ainsi qu’aux autorités provinciales pour obtenir la libération immédiate des otages restants. Il faut sauver ces enfants d’un enrôlement forcé qui hypothèque leur avenir », a-t-il martelé.
La protection des civils, rappelle-t-il, doit rester une priorité absolue. Les organisations de défense des droits humains présentes dans la région dénoncent un phénomène qui prend de l’ampleur. En avril dernier, plus de 200 otages avaient été libérés sous la pression des opérations militaires, mais les enlèvements et les recrutements forcés n’ont jamais cessé.
Sur le terrain, les populations vivent dans la psychose. Les attaques se multiplient, les villages sont désertés et les routes deviennent des couloirs de la mort. Les autorités militaires, bien que mobilisées, peinent à endiguer une rébellion qui se fond dans la forêt équatoriale et qui bénéficie désormais de renforts dont l’origine demeure floue.
Pour Grâce Kakundo Kasamba, l’heure n’est plus aux discours mais à l’action : « Nous demandons au Gouvernement de déployer tous les moyens nécessaires pour traquer ces rebelles et libérer les otages, en particulier les enfants. Leur vie est en danger. Chaque jour qui passe est un jour de trop. »
Le sort de ces mineurs reste entre les mains des autorités, alors que la communauté internationale suit de près l’évolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo. La Nouvelle Société Civile promet de ne pas relâcher la pression jusqu’à la libération totale des otages.
Augustin Mumbere Kiti